Le 24 janvier 2026 par Paola Krug & Mathilde Barré
Artificialisation des sols, destruction et fragmentation des habitats, consommation de ressources naturelles : le secteur de la construction exerce une pression majeure sur la biodiversité. Le changement d’usage des sols est d’ailleurs la première pression exercée sur la biodiversité dans le monde identifiée par l’IPBES. Dans le même temps, 62 % des acteurs de la construction estiment aujourd’hui que la conciliation entre construction et préservation de la biodiversité constitue « un avenir à construire ».
Face à ces constats, le groupe de travail « Biodiversité & Chantiers » est né avec une ambition claire : faire émerger une filière locale de revalorisation des végétaux de chantiers.
Le BTP, un secteur au cœur des enjeux de biodiversité actuels
Un objectif de Zéro Artificialisation Nette d’ici 2050 suite au constat de destruction et fragmentation des habitats
Le lien entre chantiers et biodiversité est aujourd’hui bien identifié. En artificialisant les sols, le secteur du BTP contribue directement à la première cause d’érosion de la biodiversité : la destruction et la fragmentation des habitats naturels (1). En Bourgogne-Franche-Comté, c’est plus de 13 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers qui ont été consommés par l’urbanisation entre 2011 et 2024 (2). La loi Climat et Résilience est venue renforcer cette prise de conscience en fixant l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) à l’horizon 2050, définissant l’artificialisation comme « l’altération durable des fonctions écologiques, hydriques, climatiques et agronomiques des sols » (3).
Le secteur du BTP mobilise également des ressources non renouvelables issues d’écosystèmes naturels (carrières, matériaux), génère des pollutions, participe à la diffusion d’espèces exotiques envahissantes et contribue au changement climatique.
Le fonctionnement du secteur BTP repensé pour mieux intégrer les enjeux de biodiversité
Sur le terrain, les professionnels du BTP sont déjà confrontés à ces enjeux à travers la mise en œuvre obligatoire des mesures ERC-A (Éviter, Réduire, Compenser, Accompagner), ou lors de la découverte d’espèces protégées, de haies anciennes ou d’arbres remarquables, parfois en plein cœur des villes. 50 % des professionnels de la construction déclarent avoir déjà été confrontés à une problématique biodiversité sur chantier, avec des conséquences concrètes en découlant : surcoûts, modifications de conception ou allongement des délais (4). Si la gestion des déchets de chantier et de la terre végétale progresse, la question des végétaux reste encore peu explorée et n’est pas du tout encadrée. Arbres, haies, arbustes ou prairies sont le plus souvent considérés, à tort, comme de simples déchets. Ils pourraient, dans certains cas, être préservés, réemployés, revalorisés ou régénérés.
Ces constats ouvrent une opportunité à la croisée de plusieurs enjeux : biodiversité, économie circulaire et ancrage territorial.
Et si les végétaux de chantier devenaient une ressource généralisée ?
Du diagnostic commun d’une trop faible prise en compte des végétaux sur les chantiers
C’est pour répondre à ces enjeux que nous avons initié, en partenariat avec la ferme florale solidaire Le Champ des Sourires, un groupe de travail réunissant des acteurs du BTP et de l’aménagement du territoire. Ce qui anime ce collectif est de faire émerger une filière locale structurée de récupération et de revalorisation des végétaux de chantier, ayant pour valeurs la préservation de la biodiversité mais aussi l’insertion sociale. Sur les périodes hivernales, saison généralement rythmée de coupes et d’abattages de végétaux, les chantiers d’insertion ont besoin de diversifier leurs activités. Quoi de mieux que de leur proposer de récupérer des végétaux de chantiers durant cette période ? Ainsi, le partenariat établit avec Le Champ des Sourires nous tient à cœur puisque c’est une ferme florale solidaire dynamique qui accueille des salariées en parcours d’insertion. Les salariées se voient confiées diverses missions allant de la production à la vente.
Dès lors, l’objectif du groupe de travail est multiple :
- Partager les constats et les retours d’expérience,
- Identifier et diffuser les bonnes pratiques existantes,
- Construire collectivement une réponse locale ambitieuse et réaliste,
- Tester la récupération de végétaux de chantiers au sein de fermes solidaires.
A la conception collective d’une stratégie de récupération des végétaux sur chantier
Un premier atelier s’est tenu le 2 juillet 2025 à Dijon, réunissant à nos côtés des acteurs de la construction, de l’architecture et de l’ingénierie (C3B, Eiffage Construction, Forma3, Léon Grosse…). Cet atelier a permis de partager plusieurs constats et retours d’expérience sur la prise en compte de la biodiversité sur les chantiers :
- le manque d’anticipation et le manque de données écologiques au démarrage des projets sont des freins importants ;
- Les risques règlementaires sont forts, de nombreuses espèces étant protégées par le Code de l’Environnement (tous les chiroptères, quasiment toute les espèces d’oiseaux, flore, etc.) ;
- Un fort besoin de pédagogie et sensibilisation, à toutes les échelles d’un projet de construction ou rénovation, de la maitrise d’ouvrage à la maitrise d’œuvre, en passant par les entreprises travaux est nécessaire pour améliorer la prise en compte de la biodiversité sur les chantiers ;
- intégrer la biodiversité dès la conception permet de limiter les risques et de faire de la biodiversité non pas une contrainte mais une opportunité pour les projets.
- S’inspirer de la nature dès la conception permet de trouver des solutions innovantes comme la recréation de sols fertiles, la végétalisation du bâti, la gestion des eaux pluviales à la parcelle etc.
Puis un deuxième atelier réunissant les mêmes acteurs a eu lieu le 21 janvier 2026. Consacré à la présentation d’une stratégie de récupération des végétaux sur chantiers intégrée à une filière locale, les échanges ont permis de poser les bases d’une méthodologie globale, adaptable à chaque projet et réfléchie par strates végétales. Ce processus repose sur un diagnostic écologique systématique en amont puis l’application de la séquence ERC lors de la conception du projet, afin de prioriser une stratégie de conservation de l’existant (arbres, arbustes, vivaces, surfaces prairiales et corridors écologiques), avant d’envisager le déplacement ou la réutilisation des végétaux sur site ou sur d’autres sites urbains.
Cet atelier nous a aussi éclairé sur les contraintes et difficultés qui pourraient être rencontrées sur le terrain :
- Des acteurs en lien direct avec les projets de construction encore trop peu sensibilisés aux enjeux de biodiversité ;
- Des enjeux de sécurité, de temporalité d’intervention et de politique à prendre en compte en amont de la mise en place de la filière ;
- La nécessité de mettre en place des indicateurs de suivi pour objectiver les gains écologiques d’une telle filière.
Malgré tout, ces contraintes ne sont pas des freins à nos yeux, mais des challenges à relever afin d’aboutir concrètement à l’élaboration de notre projet tel qu’imaginé. L’ambition est claire : montrer que la biodiversité peut devenir un levier d’innovation, de résilience et de coopération pour les chantiers, au service des territoires et du vivant.
Pour dessiner une preuve de concept test avec la mise en place d’une filière locale en Bourgogne-Franche-Comté
La prochaine étape du groupe de travail consistera à déployer des chantiers pilotes en Bourgogne-Franche-Comté, afin de tester concrètement la mise en place de cette filière locale de récupération et de revalorisation des végétaux, avec un objectif de premiers lancements d’ici l’automne 2026. Cette phase de preuve de concept sera déterminante pour affiner la méthodologie, objectiver les bénéfices écologiques et lever les derniers questionnements opérationnels. Ouverture et coopération seront les clés du succès.
Si cette initiative vous fait écho, que vous soyez maîtres d’ouvrage, acteurs du bâtiment ou du territoire souhaitant expérimenter, contribuer ou rejoindre la démarche, n’hésitez pas à nous contacter pour échanger et imaginer ensemble de futurs projets pilotes !
Boite à outils Biodiversité et Chantiers :
Sources :